






















|
|

Monnaies des Capétiens directs
(987-1328)
 |
La France dont héritent les
premiers Capétiens n'est plus
constituée que d'une mosaïque de seigneuries, de comtés, d'évêchés,
d'abbayes, déchirés par de multiples conflits. A la fin de la période
carolingienne, le pouvoir royal avait perdu le contrôle et l'exclusivité de
la frappe des deniers. En effet, le roi n'était plus seul à battre monnaie
et les seigneurs usurpaient le pouvoir régalien à leur profit. Le denier se
"féodalise" dès le Xème siècle, et on assiste aux XIème et au XIIème
siècles à une multiplication des ateliers où les seigneurs
frappent des monnaies dont ils peuvent changer le titre et le poids à leur
gré. Aussi, les premiers Capétiens vont-ils, au fur et à mesure de leurs
conquêtes territoriales, travailler à étendre progressivement leur autorité
y compris dans le domaine monétaire en réduisant progressivement la place
des monnayages féodaux. |
 |
Le denier tournois:
une
nouvelle monnaie royale sous Philippe Auguste.
 |
Le fait majeur de la réforme de
Philippe Auguste (1180-1223) est le rétablissement d'une
véritable monnaie royale fondée sur un double système: le
denier parisis et le
denier tournois, qui se substituent au monnayages locaux du domaine
royal. |
 |
Dans un premier temps, le roi continue comme ses prédécesseurs à frapper des
deniers, mais dans un nombre limité d'ateliers.
Le "denier parisis" est d'abord diffusé dans la région parisienne, puis dans
le Nord du royaume. Il cesse d'être le denier local de Paris lorsque
le roi étend sa fabrication aux villes d'Arras, de Saint-Omer, de Péronne et
de Montreuil-sur-Mer. |
 |
Puis, à la faveur de ses conquêtes sur le roi d'Angleterre Jean sans Terre
en Normandie dans le Maine, l'Anjou et la Touraine (1204-1205), Philippe
Auguste reprend à son compte le "denier tournois",
créé par l'abbaye de Saint-Martin de Tours pour les pays de l'Ouest, pour en
faire une nouvelle monnaie. Le nom de l'abbaye (SCS
MARTINVS) fut d'abord conservé autour du châtel, puis remplacé par
celui de la ville (tvronvs civi).
|
|
 |
Le gros tournois:
la "bonne
monnaie" de saint Louis.
 |
La politique monétaire centralisatrice de Philippe
Auguste est poursuivie
par
saint
Louis (1226-1270) qui interdit l'imitation de la monnaie royale
(1263). |
 |
Dans les dernières années de son règne, apparaît le
"gros denier tournois", première monnaie
d'argent lourde produite au Nord des Alpes (4,22g, au
cours de 12 deniers tournois), au sujet duquel aucune ordonnance royale
n'a été retrouvée. Nous savons seulement qu'ils [les gros deniers tournois] "sont cités pour la première
fois dans un document du 24 juillet 1266 précisant les limites de la
tolérance dans leur fabrication" (Duplessy). Le succès du gros denier
tournois fut immédiat à tel point que les successeurs de Saint Louis le frappèrent en de grandes
quantités.
Le règne de saint Louis est généralement considéré pour avoir établit une
monnaie relativement stable. |
|
 |
L'écu d'or
de saint Louis.
 |
C'est la première monnaie d'or frappée par un
roi français de la dynastie des Capétiens. Cette monnaie dont on ne connaît
que 8 exemplaires (dont 3 dans la collection de la Bibliothèque nationale de
France) a probablement été
émise en 1270 à l'initiative de saint Louis peu avant son départ pour la
Croisade. Devant son échec commercial, l'écu d'or fut vite abandonné.
|
|
 |
Philippe IV le Bel "faux monnayeur" ?
 |
Le monnayage du règne
Philippe le Bel (1285-1314), qui a duré presque 30 ans, se
divise en plusieurs périodes ou séries de mutations
monétaires, c'est à dire des périodes de monnaie forte suivies de
périodes de monnaie faible ou affaiblie.
|
 |
Pour soutenir ses guerres, notamment en Flandre contre
les Anglais, Philippe le Bel fit appel aux ressources que lui
procurait la frappe des monnaies, et fut obligé, suivant les circonstances,
de relever et d'abaisser le cours des monnaies, ce qui lui valut une
réputation injustifiée de "roi faux monnayeur".
Dante (1265-1321) dans la Divine Comédie
ne fait-il pas allusion au fait que Philippe le Bel avait falsifié
la monnaie ? "Li si vedrà il duol che sovra Senna induce, falseggiando la
moneta, quel che morrà di colpo di cotenna" (Là se
verra la désolation qu'amène sur la Seine, en falsifiant la monnaie, celui
qui mourra blessé par un sanglier). En fait, le roi, qui disposait bien évidemment du
droit de battre monnaie, pouvait en toute légitimité réaliser des mutations
monétaires, ainsi qu'en témoignent les nombreuses ordonnances royales
qui ont accompagné ces émissions.
|
 |
La série de monnaies frappées sous à Philippe le Bel,
caractérisée par le retour au
bimétallisme, est
considérable et présente une multiplication de nouveaux types de monnaies:
Maille blanche (1296),
Maille tierce (1306) pour l'argent,
Toulousain
(1308), Bourgeois fort et
Bourgeois simple (1311) pour le billon,
Petit
royal (première pièce d'or à être largement répandue en France, émise
en 1290), Masse (1296),
Chaise (1303), Florin
dit "à la
Reine" (1305), Mantelet (1305),
Agnel (1311) pour l'or. |
|
 | Bibliographie
 | Duplessy, Jean, Les Monnaies françaises royales de Hugues Capet à Louis XVI (987-1793), Maison Platt, A.G. Van der Dussen, Paris/Maastricht, 1988. |
 | Dictionnaire de Numismatique, sous la direction de Michel Amandry, Editions Larousse, Paris, 2002. |
 | Lafaurie Jean, Les Monnaies des Rois de France de Hugues Capet à Louis XII, Bourgey/Monnaies et Médailles, Paris/Bâle, 1951. |
 | Favier, Jean, Philippe le Bel, Fayard, Paris, 1998. |
 | Dante, la Divine Comédie, Paradis, chapitre XIX, vers 118-120. |
|
Françoise Page-Divo
La suite des monnaies capétiennes
|