


















|
|

La Monnaie de
Kuttenberg
(Kutná Hora)
 | Située à 70km à l'est de Prague, sur la Vrchlice, affluent de l'Elbe,
Kuttenberg (Kutná Hora) est, au Moyen Age,
l'une des plus importantes villes de Bohême en raison de ses gisements
d'argent. La "ruée vers l'argent" dans la région de Kuttenberg remonte aux
années 1270, lorsque affluent de nombreux prospecteurs locaux mais
également étrangers, en majorité allemands. Une cité minière, Kuttenberg,
est fondée pour abriter les milliers de mineurs, et le roi
Wenceslas II y établit la Monnaie.
L'abondance du minerai d'argent aura un impact immédiat sur l'économie
ainsi que sur le développement politique du royaume de Bohême.
|
 | La frappe de monnaies dans la région de Kuttenberg remonte à la fin du
Xe siècle. Comme exemple, nous citons le duc Sobeslav Slavnik,
probablement de la famille des Prémyslides, dont les terres s'étendaient
sur le territoire actuel des régions de Podebrady, Caslav et Kolin, qui
utilisait le minerai de ses terres pour frapper des monnaies d'argent (deniers)
dans son château de Malín. L'unique denier
retrouvé porte à l'avers un buste de profil, copié des deniers anglais d'Aethelred
II. Au revers, est inscrite la légende
malin civitas;
dans le champ, la main de la Providence est encadrée par les lettres alpha
et oméga (voir la photographie ci-dessous).
|
 | Le Gros de Prague (Pragergroschen)
 | Wenceslas II (1283-1305), roi de Bohême
et de Pologne, fils d'Ottokar II, accomplit de vastes réformes
économiques et administratives initiées par son père. En 1300, il décide
de réformer l'administration des mines en promulguant le
Jus regale
montanorum. Ce Code minier royal définissait les nouvelles
pratiques en matière d'économie, de technique et d'organisation des
mines devant s'appliquer à l'ensemble du royaume. Le texte, rédigé par
un certain Gozza d'Orvieto, juriste italien, fut aussitôt suivi d'une
importante réforme monétaire réalisée avec le concours de trois experts
financiers de Florence (Rinieri, Appardo et Cynon), que Wenceslas II
avait invités à la Cour.
|
 | Cette réforme instituait une nouvelle monnaie lourde en argent, le
Gros de Prague (Pragergroschen), divisé en
12 unités ou parvus. Au départ, son poids
avait été fixé à 3,95g, mais, en fait, le premier Gros de Prague pesait
3,53g titré à 932/1000. Le premier de ces Gros est frappé à Prague, d'où
son nom. L'émission à Prague fut très courte, la fabrication fut
transférée à Kuttenberg.
|
 | Le Gros de Prague, inspiré du "gros denier tournois" frappé sous
Louis IX (saint Louis), ne change pratiquement pas pendant toute la
période de sa frappe. L'avers porte la couronne de Bohême entourée de
deux légendes circulaires en latin; l'une portant le nom du
souverain, et l'autre
dei gratia rex boemie
(roi de Bohême par la grâce de Dieu). Le revers porte le lion de
Bohême à la queue bifide, entouré de la légende en latin
grossi
pragenses (gros de Prague).
|
 | Après l'introduction du Gros de Prague et de ses divisions (parvus),
les anciennes monnaies (deniers et bractéates) furent retirées peu à peu
de la circulation et la frappe devint monopole royal. Une autre mesure
fut la centralisation de tous les ateliers monétaires du royaume
de Bohême dans le bâtiment de la Monnaie de Kuttenberg, appelé plus tard
la "Cour italienne", en référence aux financiers italiens. Ces ateliers
monétaires durent cesser leur activité (voir la carte ci-dessous).
|
 | Après la mort de Wenceslas II, le Gros de Prague connaîtra un grand
succès non seulement dans le royaume de Bohême, mais au-delà. Sa frappe
continuera, avec de plus ou moins grandes interruptions, mais son poids
ne cessera de se dégrader. Sa production s'arrête probablement en 1547.
|
 | On a frappé à Kuttenberg d'autres monnaies, comme le très rare
demi-gros de Jean de Luxembourg (voir
ci-dessous), dont l'avers est inspiré du penny anglais d'Edouard II
(1307-1327), ou encore de petites pièces uniface pendant la période des
guerres hussites.
|
|
 | Le Thaler en Bohême
 | Au début du XVIe siècle, on frappe en Bohême, pour la première fois
en Europe, une lourde monnaie d'argent appelée
thaler. L'origine du nom vient du mot "Joachimsthal"
(Jachymov = vallée de Jérôme) en Bohême, où les comtes de Schlick,
propriétaires de riches gisements d'argent, commençaient à émettre à
partir de 1517 une grande quantité de lourdes monnaies d'argent, qui,
par la suite seront appelées thalers dans toute l'Europe. En 1545, ces
gisements sont acquis par la Maison de Habsbourg qui continuera les
frappes en argent pendant plus d'un siècle. La dernière émission de
l'atelier monétaire de Johachimsthal est datée 1663.
|
 | Cependant, les gisements d'argent de Kuttenberg et leur extraction
étaient encore plus importants que ceux de Joachimsthal, et, en
conséquence, les émissions monétaires considérables. C'est seulement en
1543, donc plusieurs décennies après
Joachimsthal, que les premiers thalers sortent de l'atelier de
Kuttenberg. Leur type ressemble aux autres émissions des Habsbourg. Ces
monnaies montrent le buste couronné et cuirassé du souverain à l'avers,
et, au revers l'aigle de l'Empire portant les armes Habsbourg-Hongrie
avec au centre le petit écu avec le lion de Bohême. Brièvement, entre
1561 et 1573, on frappa des guldenthaler
(60 kreuzer) et ses divisions, un système qui ne parvint pas à
s'imposer. Le thaler continuera donc à être frappé de 1573 jusqu'en
1695, époque à laquelle l'atelier de Prague de plus en plus actif,
finira par monopoliser les émissions monétaires du royaume de Bohême.
|
 | Les premiers thalers des comtes de Schlick portent d'abord le nom du
roi régnant, Louis II Jagello (1516-1526),
et, à partir de 1526, celui du premier roi
de la dynastie de Habsbourg, Ferdinand I.
L'avers montre le lion de Bohême, et, le revers l'effigie de saint
Jérôme avec un petit écusson aux armes de Schlick (voir ci-dessous).
Bien que les thalers de Schlick ne soient pas les premières grandes
émissions d'argent (en 1486, l'archiduc Sigismund de Tyrol, avait fait
monnayer dans son atelier de Hall de grandes pièces d'argent, appelées
guldiner ou guldengrochen), le nom de thaler sera accepté partout en
Europe pour désigner une grande monnaie d'argent, dont le poids,
initialement de 35 grammes, descendra par la suite à 29 grammes. Le
thaler connaîtra de nombreuses appellations:
daalder (Pays-Bas), talar (Pologne),
tallero (Italie) et
talari (Soudan, Ethiopie), pour ne citer que quelques exemples.
L'Allemagne gardera le thaler comme principale unité monétaire en argent
jusqu'au milieu du XIXe siècle. En Russie, le thaler fut appelé
jefimok, en référence directe au nom
tchèque de Joachimsthal. Un autre dérivation du thaler est le
dollar, frappé d'abord en Ecosse au XVIIe
siècle, et adopté comme unité monétaire des Etats-Unis en 1792. Le
dollar, l'unité la plus répandue de notre planète, tient donc son nom
d'une petite "vallée" en Bohême presque oubliée aujourd'hui et connue
seulement de la communauté numismatique.
|
|
 | Les difficultés d'extraction des mines, et surtout, la crise générale
occasionnée par la guerre de Trente Ans, vont conduire au déclin de la
ville de Kuttenberg. En 1727, son atelier monétaire est fermé et transféré
à Prague. |
|
 |
 |
 |
 |
|
Malin.
Denier. |
Malin.
Denier. |
Kuttenberg.
Wenceslas II (1278-1305). Gros de Prague. |
Kuttenberg.
Wenceslas II (1278-1305). Gros de Prague. |
|
Avers: Tête à gauche. Musée de la
Cour italienne à Kutna Hora (Kuttenberg). Exemplaire unique. Image
agrandie. |
Revers : La main de la Providence
entourée des lettres alpha et oméga. Exemplaire unique. Image
agrandie. |
Avers :
wenceslavs secvndvs/dei gratia
boemie. Une couronne. BnF. 3,7g.
Image agrandie. |
Revers :
grossi pragenses. Le lion de
Bohême. BnF. 3,7g
Image agrandie. |
|
 |
 |
|
Kuttenberg. Jean de Luxembourg
(1310-1346). Demi-gros. |
Kuttenberg. Jean de Luxembourg
(1310-1346). Demi-gros. |
|
Avers: Buste couronné du roi de face. Image
agrandie. |
Revers: Le lion de Bohême. Image agrandie. |
|
 |
 |
 |
 |
|
Schlick. Stéphane et ses
frères (1505-1526). Joachimsthal.
Guldengroschen. Non daté (vers 1520). |
Schlick. Stéphane et ses
frères (1505-1526). Joachimsthal.
Guldengroschen. Non daté (vers 1520). |
Kuttenberg. Ferdinand I
(1526-1564).Taler,1546. |
Kuttenberg. Ferdinand I
(1526-1564).Taler,1546. |
|
Avers: Le Lion de Bohême. |
Revers: Saint Jérôme avec l'écu de Schlick à ses
pieds |
Avers: Buste jeune à droite que divise la date. |
Revers: Ecu de l'Autriche, au centre l'écu de Bohême
avec le lion. |
|
 |
 |
 |
|
Carte des ateliers
monétaires
dans le royaume de Bohême avant 1300 |
Carte actuelle de
la République tchèque |
La Cour italienne
aujourd'hui |
| Wenceslas II
centralise les 17 ateliers monétaires à Kuttenberg. |
La ville de Kutna
Hora (Kuttenberg)
se trouve à environ 70 km
à l'est de Prague. |
Wenceslas II établit
la Monnaie dans un bâtiment appelé plus tard "la Cour italienne", où
on voit à gauche l'entrée des officines des monnayeurs des anciens
ateliers monétaires, surmontée de leurs écus. |
|
 |
 |
 |
|
Monnayeur au travail |
Monnayeur et son assistant
|
Marché aux minéraux |
|
Peinture murale de la
Cathédrale Sainte Barbe de Kutna Hora (après 1463). |
Peinture murale de la
Cathédrale Sainte Barbe de Kutna Hora (après 1463). |
Enluminure fin du XVème siècle
surmontée de l'initiale de Wenceslas II. |
 | Bibliographie
 | Davenport John S., European Crowns 1484-1600, Numismatischer
Verlag P. N. Schulten, Frankfurt am Main, 1977. Europeans Crowns
1700-1800, Third edition, Galesburg, 1971. |
 | Engel et Serrure, Traité de Numismatique du Moyen Age, Tome
II, p. 875, Paris, 1894. |
 | Grierson Philip, Coins of medieval Europe, Seaby, London,
1991. |
 | Sammlung Hans A. Dietiker, Böhmen, Auktion 1 am 20. September 2004,
Stuttgart, Meister & Sonntag. |
 | Spink London, Standard Catalogue of British Coins. Coins of
England and the United Kingdom, 39th Edition, p.121, n°1146, Spink &
Son Ltd, London, 2004. |
 | Zednek Petran, Coins struck in Kutna Hora, brochure publiée avec le
concours de la Commission Européenne. |
|
Jean-Paul Divo et Françoise Page-Divo
|